La protéine tau jouit d’une réputation bien méritée comme l’un des grands villains de la maladie d’Alzheimer. Des enchevêtrements de la forme anormale de cette protéine s’accumulent à l’intérieur des cellules cérébrales lorsque la démence s’installe, et pendant des décennies, les chercheurs l’ont principalement étudiée comme un marqueur des dégâts. Mais une nouvelle étude a montré que la même protéine accomplit quelque chose que les chercheurs n’attendaient pas: elle aide les cerveaux sains à construire des souvenirs qui durent.
Les résultats, publiés dans Nature Communications, proviennent d’une équipe de l’Université Flinders, en collaboration avec l’Université de New South Wales et l’Université Macquarie en Australie. Plutôt que de se focaliser sur le rôle destructeur de tau, les chercheurs ont examiné ce que tau fait au sein de neurones normaux et sains — et ils ont découvert qu’il est central pour transformer une expérience passagère en une mémoire qui survit des semaines plus tard.
Une Protéine à Double Fonction
L’étude s’est penchée sur des souris et ce que les scientifiques appellent la « mémoire à distance » — les souvenirs évoqués des jours ou des semaines après un événement, contrairement à ceux rappelés quelques minutes plus tard. L’équipe a constaté que tau n’est pas nécessaire pour qu’un animal apprenne quelque chose de nouveau ni pour s’en souvenir peu après. Son rôle vient plus tard, en veillant à ce que la mémoire se maintienne à long terme.
Ce travail se déroule au sein d’un petit ensemble de cellules cérébrales appelées cellules d’engramme, qui conservent l’enregistrement physique d’une expérience. Parmi les nombreux neurones disponibles, seules quelques-unes sont choisies pour retenir une mémoire donnée. Selon l’étude, tau est actif précisément au moment de cette sélection, aidant à déterminer quelles cellules prennent en charge la tâche.
« Nos résultats montrent que tau aide à déterminer quelles cellules sont sélectionnées pour stocker une mémoire, façonnant la manière dont une expérience forme une trace mnésique durable », a déclaré Renée Kosonen, l’une des coauteurs principaux de l’étude, dans un communiqué.
Éliminer le Bruit de Fond
Les chercheurs ont également découvert que tau limite l’activité de fond dans le cerveau pendant la formation des souvenirs. En réduisant ce « bruit » supplémentaire, tau permet à un petit groupe de cellules plus défini de verrouiller la mémoire, produisant une trace plus claire et plus stable plutôt qu’une trace brouillée.
À l’origine de ce processus se trouve un léger changement chimique appelé phosphorylation, au cours duquel une molécule de phosphate se fixe sur la protéine tau. Une phosphorylation anormale de tau est une caractéristique emblématique de la maladie d’Alzheimer, mais l’étude a montré qu’une version contrôlée et à faible niveau de ce même processus est une étape normale et nécessaire à la formation de souvenirs sains.
« Le système de nettoyage du cerveau, appelé système glymphatique, élimine les protéines tau pendant la nuit lors du sommeil profond. Que vous fassiez suffisamment de sommeil profond dépend de la lumière vive du jour le matin que la plupart des gens n’obtiennent jamais. Mais le problème de cette étude est que nous ignorons le signal biologique de la lumière du jour qui détermine si le cerveau parvient à obtenir le sommeil profond nécessaire à la consolidation de quoi que ce soit. »
Implications pour la Recherche sur Alzheimer
Étant donné que les travaux ont été menés sur des souris, les résultats ne peuvent pas être appliqués directement à la mémoire humaine ni à la maladie d’Alzheimer. Néanmoins, les chercheurs affirment que ces résultats offrent une nouvelle perspective pour les recherches futures sur les démences, suggérant que les traitements pourraient à terme viser à préserver la fonction normale de tau plutôt que de l’éliminer purement et simplement.
Référence
Kosonen, R., Stefanoska, K., Lin, Y., Edwards, S., Prikas, E., Bertz, J., Poljak, A., Ittner, L. M., Ittner, A. (2026). La phosphorylation T205 de Tau influence le recrutement des cellules d’engramme et la mémoire à distance chez la souris. Nature Communications. https://doi.org/10.1038/s41467-026-73207-9.
