Les propositions du gouvernement britannique sur l’édition génétique pourraient ouvrir la porte à des développements catastrophiques dans l’industrie laitière.
En mai 2022, le gouvernement a déposé un nouveau projet de loi sur l’édition du génome au parlement britannique, intitulé Genetic Technology (Precision Breeding) Bill. Le projet de loi est actuellement en cours d’examen à la Chambre des communes.
Les propositions actuelles ne concernent que l’édition génétique des plantes, mais avec l’intention déclarée d’être une étape vers l’autorisation de l’édition génétique chez les animaux.
Le projet de loi est avancé malgré une enquête menée en 2021 par le Department for Environment, Food and Rural Affairs (DEFRA), qui a montré un large soutien à la régulation de cette technologie.
Le projet de loi proposé placerait le Royaume-Uni en décalage avec l’Union européenne, où l’édition génétique est soumise à des réglementations strictes (bien que les lobbyistes de l’industrie réclament aussi moins de restrictions là-bas).
Le groupe de recherche anti-capitaliste Corporate Watch examine ce que l’édition génétique pourrait signifier pour les vaches laitières, dans le cadre d’un nouveau rapport intitulé « Ferme dystopique, l’industrie laitière du Royaume-Uni et ses technofixes »
Modification génétique sous un autre nom
Il existe une longue histoire de résistance à l’utilisation de la modification génétique (MG) dans l’agriculture britannique. Depuis le début des années 1990, un large éventail de personnes au Royaume-Uni a participé à diverses campagnes consistant à arracher des cultures OGM et à bloquer des supermarchés et des bureaux.
Il y a dix ans Corporate Watch écrivait :
Une combinaison d’opposition publique généralisée et d’action directe a fait que, au cours de la dernière décennie, l’industrie des OGM est restée sur la défensive au Royaume-Uni. Cependant, avec les récents changements au niveau de l’UE, il pourrait à nouveau devenir possible une offensive des entreprises.
Aujourd’hui, Corporate Watch explique comment les nouveaux projets de loi sur l’édition génétique du gouvernement constituent un moyen d’introduire une forme de modification génétique par une porte dérobée :
Les lobbyistes de la biotechnologie ont cherché à distinguer l’édition génétique du GM afin de se débarrasser du lourd héritage du GM. La Modification Génétique implique de prendre des gènes de certains organismes et de les insérer dans l’ADN d’un autre. L’édition génétique implique d’ajouter, de retirer ou de modifier les gènes des organismes, mais généralement sans mélanger le matériel génétique de différentes espèces. Cependant, de nombreux environnementalistes ne font pas de distinction entre les deux et estiment que l’édition génétique devrait être perçue comme une nouvelle technique de modification génétique (« nouveau GM »).
Corporate Watch nomme quatre grands sites de recherche où l’édition génétique est en cours de développement. Il s’agit de Rothamsted Research dans le Hertfordshire (qui possède également des sites dans le Devon et le Suffolk), du John Innes Centre à Norwich et de l’Institut Roslin à Édimbourg.
Il semble que l’industrie ait mené une offensive de relations publiques, l’édition génétique étant présentée dans les médias grand public et dans la presse spécialisée comme une solution à tout, allant du vieillissement à la crise du coût de la vie.
Une technologie dangereuse
Les militants environnementaux soutiennent que l’édition génétique provoque des mutations inattendues, et augmente le niveau de toxines dans les plantes.
Cela devient encore plus dangereux lorsque la technologie est appliquée aux animaux. Lorsqu’une entreprise américaine a utilisé l’édition génétique pour produire des vaches laitières sans cornes, elle a involontairement introduit des gènes d’une autre espèce, rendant les bovins résistants à trois antibiotiques. Il est clair que des erreurs se produisent souvent lorsque les entreprises tentent d’exploiter cette technologie, et que les sociétés impliquées résistent à l’examen. Il est concevable que l’utilisation de l’édition génétique puisse donner lieu à de nouvelles souches de bactéries porteuses de maladies résistantes aux antibiotiques.
Les militants soutiennent également que l’édition génétique entraînera une uniformité accrue chez les plantes et les animaux, et, par conséquent, une diminution de leur résilience naturelle face aux maladies.
Corporate Watch affirme :
L’édition génétique ne fera que nous conduire plus loin sur la voie désastreuse de l’uniformité, avec les risques additionnels liés à la manipulation de l’ADN lui-même.
Un technofix à un problème causé par le capitalisme
L’idée de créer des bovins sans cornes grâce à l’édition génétique est présentée comme une solution qui supprimerait la nécessité d’enlever physiquement les cornes aux bovins. Les bovins subissent actuellement une ablation dangereuse et douloureuse de leurs cornes appelée « disbudding ». La raison avancée pour retirer les cornes des bovins est d’éviter que les vaches ne se blessent entre elles ou blessent autrui. Cependant, la seule raison de ces blessures est due aux conditions d’élevage serrées dans lesquelles les animaux sont confinés. Ainsi, créer des bovins sans cornes grâce à l’édition génétique est un technofix à un problème créé par l’élevage industriel moderne. Selon Corporate Watch :
Des bovins sans cornes issus de la modification génétique sont présentés comme une solution à la corvée et à la douleur du disbudding. Mais ce « besoin » n’est entièrement que le produit d’une certaine culture agricole, et dans de nombreuses régions du monde, les agriculteurs n’enlèvent pas les cornes des animaux du tout.
Servir les intérêts capitalistes
Le rapport de Corporate Watch met en lumière comment cette nouvelle technologie est présentée au service du profit des entreprises, plutôt que du bien-être du monde naturel. La déréglementation du génie génétique par le gouvernement n’est pas motivée par nos meilleurs intérêts, ni par les intérêts des vaches laitières. Elle est motivée par le capitalisme pur et simple et devrait être combattue.
Vous pouvez lire le rapport complet de Corporate Watch ici.
Tom Anderson fait partie de la coopérative Corporate Watch.
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