L’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan ont signé un nouvel accord de défense mutuelle qui pourrait redistribuer l’équilibre des puissances au Moyen-Orient alors que le conflit impliquant l’Iran continue d’alimenter l’instabilité régionale.
L’« Accord de défense conjointe de La Mecque », signé vendredi après des mois de négociations, stipule qu’une attaque armée contre l’un des trois signataires sera considérée comme une attaque contre tous, créant un cadre de défense collective à la manière de l’OTAN. Bien que l’accord n’expose pas publiquement les obligations militaires précises de chacun, il vise à renforcer la coopération entre ces trois puissances influentes en ce moment de turbulences régionales croissantes.
L’annonce intervient dans le cadre d’une crise régionale qui s’élargit, alimentée par la guerre en Iran, avec des attaques de missiles, des perturbations maritimes et des menaces pesant sur les infrastructures énergétiques qui accélèrent les efforts des puissances régionales pour renforcer leurs partenariats sécuritaires.
Pourquoi cela compte
Le pacte rehausse les enjeux en cas de future attaque contre l’Arabie saoudite.
Selon l’accord, une attaque contre l’un des membres serait considérée comme une attaque contre les trois, entraînant potentiellement la Turquie et le Pakistan dans toute crise future impliquant le royaume. Les responsables indiquent que le pacte vise à renforcer la dissuasion collective, est défenseur par nature, n’est dirigé contre aucun pays en particulier et pourrait être étendu à d’autres membres.
L’Arabie saoudite s’est de plus en plus retrouvée en première ligne du conflit régional. Ces derniers mois, des attaques iraniennes par des missiles et des drones, ainsi que des frappes menées par des groupes alignés sur Téhéran au Yémen et en Irak, ont menacé le territoire saoudien, les routes maritimes et les infrastructures énergétiques, poussant Riyad à rechercher une coopération sécuritaire plus étroite avec des partenaires régionaux.
Le royaume s’est déjà rapproché à la fois de la Turquie et du Pakistan. Avec l’Égypte, ces pays forment un bloc lâche cherchant à étendre la coopération en matière de sécurité face à la concurrence croissante avec l’Iran et d’autres rivaux. Le New York Times a rapporté que l’Égypte avait participé aux premières discussions sur le cadre de défense mais n’avait pas signé l’accord du vendredi.
Pas seulement à propos de l’Iran
Le nouvel accord est aussi interprété à travers le prisme d’une compétition plus large pour l’influence au Moyen-Orient.
Alors que la préoccupation principale demeure la montée de la pression iranienne sur les États du Golfe, les analystes soulignent également l’émergence d’un alignement distinct impliquant Israël, les Émirats arabes unis et l’Inde.
Israël et les Émirats arabes unis ont intensifié leur coopération depuis les Accords d’Abraham, tandis que les liens entre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou et le Premier ministre indien Narendra Modi se sont renforcés grâce à la coopération en matière de défense et à des initiatives multilatérales impliquant les Émirats et les États-Unis.
La conjoncture du moment est notable parce que Netanyahou et Modi se sont récemment entretenus, ce que les observateurs régionaux considèrent comme une preuve croissante d’une coordination entre Israël et l’Inde.
La Turquie et l’Arabie saoudite se sont également rapprochées malgré des années de rivalité, tandis que le Pakistan demeure l’un des partenaires sécuritaires les plus importants de l’Arabie saoudite et est le seul État musulman à détenir l’arme nucléaire.
Pourquoi les alliés américains regardent au-delà de Washington
L’accord intervient alors que l’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan naviguent dans une région remodelée par des conflits impliquant l’Iran et Israël, et face à une incertitude croissante quant au rôle sécuritaire futur des États-Unis.
Les analystes soutiennent que le conflit en cours a accéléré une tendance déjà en cours: des puissances régionales qui recherchent des arrangements de sécurité plus indépendants plutôt que de dépendre exclusivement de Washington.
Abdulaziz Sager, président du Gulf Research Center, a déclaré à Reuters que ce cadre démontre une volonté croissante des puissances régionales et de moyenne puissance de coordonner leurs questions de sécurité plus étroitement. Il a ajouté que cet arrangement pourrait contribuer à l’émergence d’une architecture de sécurité davantage guidée par la région.
Un allié de Trump remet en question l’accord nucléaire avec l’Arabie saoudite en plein conflit contre l’Iran
Ce qui se passe ensuite
Une question clé sans réponse est de savoir comment le pacte fonctionnerait concrètement.
L’accord établit le principe de défense collective, mais Reuters a signalé que la déclaration publiée par les trois gouvernements ne précise pas quels engagements militaires les membres seraient tenus d’assumer si l’un d’eux était attaqué.
Le président turc Recep Tayyip Erdoğan a laissé entendre que la mise en œuvre pourrait inclure des projets conjoints dans l’industrie de la défense et des opérations de lutte contre le terrorisme, ce qui constitue l’une des indications les plus claires à ce jour sur la façon dont la coopération sous le cadre pourrait se développer.
Cela signifie que l’alliance pourrait fonctionner davantage comme un moyen de dissuasion et comme un signal politique que comme un déclencheur militaire automatique.
Pourtant, les implications sont significatives. Si l’Arabie saoudite était victime d’une autre attaque majeure par l’Iran ou par un groupe affilié à l’Iran, les dirigeants de Téhéran devraient désormais envisager la possibilité que toute confrontation pourrait impliquer non seulement Riyad, mais aussi Ankara et Islamabad.
Dans un Moyen-Orient de plus en plus défini par des réseaux concurrents de partenaires et de rivaux, le nouveau pacte constitue l’un des signes les plus nets à ce jour que les puissances régionales cherchent à bâtir leurs propres structures de sécurité tandis que le conflit iranien redessine le paysage géopolitique.
