Israël, Jérusalem et le Mont du Temple (Al‑Aqsa) : la Jordanie et le point névralgique du Moyen‑Orient

Si les mois de guerre entre les États‑Unis et l’Iran nous ont appris quelque chose, c’est l’importance des goulots d’étranglement. Le monde comprend désormais pourquoi le détroit d’Ormuz est si puissant : celui qui contrôle ce passage peut perturber les économies et contraindre des gouvernements bien au‑delà de ce plan d’eau.

Il existe un autre goulot d’étranglement dans la région par lequel ne passe ni pétrole ni marchandises. Son contrôle est en train de changer, et ce changement pourrait encore alimenter des conflits.

Le site religieux le plus sacré et le plus contesté de Jérusalem, connu des Juifs comme le Mont du Temple et des Musulmans comme le Noble Sanctuaire — ou le complexe d’Al‑Aqsa après la mosquée qui s’y dresse — est depuis des décennies au cœur d’un arrangement délicat et non écrit entre Israël et la Jordanie.

La police israélienne et l’organisation religieuse jordanienne Waqf gèrent ensemble le site exactement comme un goulot d’étranglement, en contrôlant quels fidèles peuvent entrer, à quel moment, par quel itinéraire, et ce qu’ils peuvent faire après l’entrée. Des heurts passés sur le site ont déclenché des émeutes et des soulèvements au cours desquels des milliers de personnes sont mortes, mais l’arrangement a perduré.

Mais ces derniers mois, la police israélienne, sous la direction du ministre de la Sécurité nationale d’extrême droite Itamar Ben Gvir, a modifié les règles. Aujourd’hui, le Royaume de Jordanie accueille des ministres de quelque 13 pays arabes et islamiques pour décider de quoi faire.

Au mieux, l’issue compliquera probablement les relations entre Israël et le monde musulman. Le pire est impensable.

Le statu quo est en train de vaciller

Leur préoccupation porte sur un terrain de 35 acres situé dans la Vieille Ville de Jérusalem, qui abrite des lieux saints majeurs pour l’islam et le judaïsme.

Pour les musulmans, le complexe renferme la coupole du Rocher et la mosquée d’Al‑Aqsa, leur troisième lieu saint. Pour les Juifs, c’est le site le plus sacré où se tenaient autrefois deux Temples, le second ayant été détruit par les Romains en 70 apr. J.-C.

Lorsque Israël a capturé Jérusalem-Est et la Vieille Ville à la Jordanie lors de la guerre des Six Jours de 1967, les Israéliens ont reconnu l’importance du site pour les musulmans et ont autorisé le Waqf — une autorité religieuse soutenue par la Jordanie — à administrer les lieux islamiques qui s’y trouvent.

Les pouvoirs administratifs du Waqf ont été renforcés par la suite en 1994, lorsque le traité de paix entre Israël et la Jordanie a reconnu le « rôle spécial » de la Jordanie dans le maintien des lieux saints musulmans à Jérusalem.

Pendant près de six décennies, l’arrangement a été connu sous le nom de « statu quo ». Bien qu’Israël maintienne le contrôle sur Jérusalem-Est, en vertu des termes de l’accord non écrit, les musulmans peuvent y prier et entrer dans le complexe d’Al‑Aqsa avec peu de restrictions.

Les non-musulmans, y compris les Juifs, ne peuvent visiter que durant des créneaux limités, par une seule porte et, surtout, sans prière. La prière juive se déroule généralement au Mur occidental situé en contrebas du complexe.

C’est le meilleur arrangement que Israël et la Jordanie aient pu mettre en œuvre. Mais il n’a jamais satisfait tout le monde.

Les militants juifs soutiennent depuis longtemps que l’interdiction de la prière sur le site le plus sacré du judaïsme est discriminatoire et viole la liberté de culte. Les Jordaniens, les Palestiniens et de nombreuses autorités musulmanes considèrent la prière juive au complexe comme une violation d’un accord destiné à empêcher qu’un différend religieux ne devienne une lutte pour la souveraineté.

Écriture de nouvelles règles pour un détroit spirituel

Israël n’a pas annoncé officiellement qu’il met fin à la tutelle jordanienne du complexe d’Al‑Aqsa, ni qu’il divise formellement le territoire. Au lieu de cela, sa police remet progressivement en cause l’arrangement de longue date en assouplissant les restrictions pour les visiteurs juifs.

La bascule a commencé en janvier, lorsque la police a permis pour la première fois aux visiteurs juifs d’apporter des feuilles de prière imprimées sur le Mont du Temple.

Cela coïncidait avec la nomination d’un nouveau chef de la police par Ben Gvir, qui a publiquement milité pour rétablir le droit total de prier pour les Juifs dans le complexe.

Interrogé sur son opinion par les journalistes, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a déclaré : « Les changements opérés par Ben Gvir ne modifient pas le statu quo, et cela se fait en coordination avec moi. »

En février, pendant le mois sacré musulman du Ramadan, la police a élargi les heures de visite pour les Juifs et les touristes. Depuis, des rapports intermittents ont documenté d’autres mesures prises par la police israélienne pour limiter l’influence musulmane au sein du complexe.

Un article du Guardian citait des sources du Waqf affirmant que la police avait empêché des employés d’effectuer des travaux d’entretien, en avait détenu plusieurs sans accusations et avait refusé l’accès des imams au complexe.

Pris ensemble, ces mesures transfèrent peu à peu le contrôle effectif du Waqf à la police israélienne et transforment un dispositif de gestion du conflit en une affirmation de souveraineté.

Les choses ont atteint un point d’achoppement le mois dernier lors du Tisha B’Av — une journée de jeûne où les Juifs commémorent la destruction du Premier et du Second Temple à Jérusalem.

Ben Gvir a escaladé le Mont du Temple aux côtés d’environ 2 000 fidèles juifs et a filmé une vidéo pour les réseaux sociaux dans laquelle il déclarait : « Les Juifs prient et se sentent propriétaires légitimes ici. Partout, on comprend que l’État d’Israël est l’autorité souveraine. »

Cette mise en échec publique de l’accord non écrit a été la goutte d’eau qui a poussé les autorités musulmanes à bout.

Aujourd’hui, la Jordanie accueille des ministres de la Tunisie, de l’Algérie, d’Arabie saoudite, de Somalie, d’Irak, de l’Autorité palestinienne, du Qatar, d’Égypte, du Maroc, du Pakistan, de la Turquie, de la Malaisie et de l’Indonésie.

Leur objectif est de « formuler une position commune face aux mesures israéliennes escalatoires et illégitimes qui ciblent l’identité de Jérusalem et ses sanctuaires islamiques et chrétiens », selon un communiqué publié par le ministère des Affaires étrangères.

Il est impossible de dire quelles mesures ce groupe finira par adopter, ni comment il entendra faire reculer l’influence croissante d’Israël, le cas échéant. Mais les relations entre ces États et Israël pourraient bien se détériorer.

Cela ne présage pas bien des demandes du président Donald Trump visant à normaliser les liens entre l’Arabie saoudite et Israël.

Before It Gets Better, It Can Get Much Worse

La sensibilité religieuse du site a provoqué des tensions qui ont éclaté à plusieurs reprises.

Le leader de l’opposition israélienne, Ariel Sharon, a visité le complexe entouré de gardes armés en septembre 2000. Après des années d’offense perçue, la provocation a déclenché une révolte violente des Palestiniens en Cisjordanie contre Israël — la Deuxième Intifada. Plus de 3 000 Palestiniens et plus de 1 000 Israéliens ont été tués dans les combats.

En 2017, Israël a installé des détecteurs de métaux au complexe après que trois citoyens arabes d’Israël ont tué deux policiers israéliens postés sur place. Cette mesure a provoqué des protestations violentes, et les autorités israéliennes ont rapidement retiré l’équipement pour éviter une nouvelle escalade.

Ces épisodes ne prouvent pas que chaque changement au sein du complexe entraîne de la violence, mais ils montrent comment de nouvelles mesures de sécurité introduites sans consentement, ou des visites provocantes par des figures puissantes, peuvent conduire à une catastrophe.

De plus, les dernières initiatives de la police israélienne et de personnalités telles que Ben Gvir pour remodeler l’arrangement à Jérusalem surviennent à un moment où toute la région est en proie au bouleversement.

Cette semaine, Netanyahu a refroidi les plans du Conseil de Paix visant le retrait d’Israël de Gaza, affirmant qu’Israël ne se retirerait pas de ses lignes actuelles tant que le Hamas ne serait pas entièrement désarmé.

Les États‑Unis et l’Iran se trouvent pris dans un cycle de conflit intermittent qui a des répercussions économiques mondiales.

Les États du Golfe, entraînés dans les combats, restent en alerte maximale, et les Houthis du Yémen menacent la mer Rouge. Tout cela alors qu’Israël se prépare pour une élection cruciale en octobre qui pourrait décider du destin de Netanyahu et de ses soutiens d’extrême droite au gouvernement.

Ces ingrédients forment un mélange extrêmement volatile, transformant le petit Mont du Temple ou le complexe d’Al‑Aqsa en un détroit spirituel de type Hormuz.

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