Prochaine cible : la Chine — guerre secrète contre les centres de données américains

X, la plateforme d’Elon Musk, a fermé ce qui est soupçonné d’être une « ferme de bots » chinoise visant à approfondir les divisions aux États‑Unis autour du coût de l’essor de l’IA pour les ménages ordinaires. Cette opération de “influence” s’est nourrie de l’inquiétude du grand public américain face aux infrastructures de l’IA, en particulier les centres de données — et la prochaine cible américaine est sans doute déjà dans le collimateur de l’armée de propagande chinoise.

Des centaines de faux comptes — dont certains utilisaient des images générées par IA suggérant que les opérateurs de centres de données exploitaient le public — ont « publié de manière à influencer un débat légitime sur l’IA américaine et la politique énergétique », selon X.

La plateforme sociale de Musk, qui s’est largement tournée vers l’IA à travers son chatbot Grok, est la dernière entreprise technologique américaine à découvrir ce schéma et la plus récente à mener une guerre narrative à deux volets contre l’opinion publique américaine et désormais la Chine.

La Chine est engagée dans une course avec les États‑Unis pour dominer l’ère de l’IA, depuis la diffusion de ses propres modèles d’IA à l’échelle mondiale jusqu’à l’établissement des standards de gouvernance de l’IA. Pékin n’a jamais été aussi bien placé pour prendre les rênes, et une campagne de propagande à faible coût sur X n’est qu’un petit signe montrant qu’elle est prête à tout pour gagner.

Essayer de freiner l’expansion des centres de données américains est l’une des façons dont la Chine cherche à prendre l’avantage. Sa prochaine cible pourrait être le réseau électrique américain, sur lequel ces centres — et les entreprises d’IA — dépendent énormément.

Quel est le débat ?

Aux États‑Unis, l’IA est déjà un moteur économique majeur et l’atout principal pour les investissements privés.

Le débat autour du déploiement de l’IA américaine porte sur le matériel crucial qui abrite l’industrie — puces informatiques puissantes, mémoires denses et réseaux de fibre optique à haute vitesse.

Ces complexes massifs représentent une lourde charge pour les réseaux électriques locaux et nécessitent un refroidissement permanent, généralement avec des ventilateurs industriels ou des tours d’eau évaporatives.

Tous deux exigent énormément de ressources et ont nourri des inquiétudes selon lesquelles ils feraient grimper les factures d’énergie des ménages locaux. Certains États ont commencé à agir pour limiter la prolifération des centres de données ou atténuer leur impact sur les zones environnantes.

La Maison-Blanche a soutenu l’expansion des centres de données tout en reconnaissant les inquiétudes relatives aux factures d’énergie des Américains ordinaires, via son « Engagement de Protection des Tarifs » en mars afin de faire en sorte que les entreprises technologiques paient « le coût total de leur énergie et de leur infrastructure, quoi qu’il arrive ».

Selon cet engagement, les sociétés « s’accordent à protéger les consommateurs américains contre les hausses de prix liées aux exigences énergétiques et d’infrastructure des centres de données, et à réduire les coûts d’électricité pour les consommateurs à long terme ».

Les États américains soutenant les centres de données pensent que les recettes fiscales pourraient financer des biens publics et que le secteur privé pourrait aider à moderniser des services publics vieillissants, y compris les infrastructures nécessaires à la production d’énergie.

Les groupes environnementaux s’inquiètent du fait que les centres de données occuperont des centaines d’hectares de terres autrefois dédiées à l’agriculture, à l’habitat ou à des zones protégées.

Le désaccord se joue en plein jour — sur Internet, sur les écrans de télévision et dans les journaux. La Chine observe et son armée de propagande en tire parti pour plomber son principal rival, selon X.

La ferme de bots liée à la Chine, qui comprenait 200 000 comptes actifs et de secours, a publié des « affirmations selon lesquelles les centres de données IA feraient grimper les prix de l’électricité domestique et mettraient le réseau sous tension », a indiqué X.

Pékin et d’autres adversaires des États‑Unis savent que, dans une démocratie, l’électeur ordinaire peut influencer la politique intérieure et étrangère, et qu’en agissant sur lui, ils pourraient obtenir les résultats escomptés.

La Chine est résolue à gagner

L’intelligence artificielle est au cœur de la prochaine révolution industrielle. Les dirigeants chinois en ont fait une technologie de pointe, indiquant leur intention d’y consacrer davantage de ressources, y compris des subventions publiques généreuses, au profit des acteurs les plus performants.

La Chine ne débatt pas des centres de données; elle a besoin de l’IA pour relancer une économie stagnante. Ses acteurs d’IA nationaux comptent parce que leur succès — et uniquement s’il est mondial — pourrait fondamentalement modifier son moteur de croissance pour tout le reste du siècle.

Ses centres de données sont érigés dans les vastes et peu peuplées provinces de l’Ouest, loin des pôles urbains densément peuplés de la côte est où se forme son vivier de talents en IA. Ses habitants ont peu de prise sur la manière dont les autorités centrales décident de réaffecter les terres.

Dans la course à l’expansion de l’infrastructure IA, la Chine bénéficie d’un autre avantage important sur l’Amérique: elle a misé entièrement sur l’éolien et le solaire pour son secteur technologique, tandis que des centrales au charbon alimentent d’autres secteurs traditionnels.

Cela contribue partiellement à éviter le débat environnemental qui bat son plein aux États‑Unis, où l’adoption des énergies renouvelables est plus lente.

En avril, une étude de l’Université de Stanford a révélé que les États‑Unis possédaient le plus grand nombre de centres de données au monde — 5 427 — soit plus de dix fois celui de tout autre pays, « et consomment plus d’énergie que toute autre région ».

L’Allemagne arrivait en seconde position avec 529, suivie du Royaume‑Uni avec 523 et de la Chine avec 449, selon le rapport.

Bien que les auteurs de Stanford signalent que le décompte des centres de données ne rend pas compte des différences de taille des installations, de capacité informatique ou d’utilisation, les chiffres démontrent que les États‑Unis restent en tête en matière de déploiement de l’IA.

Mais alors que l’industrie gourmande en énergie consomme davantage et que l’Amérique cherche à en générer davantage, attendez-vous à ce que la Chine fasse tout ce qu’elle peut pour ralentir l’avance américaine.

Les États‑Unis prennent peu à peu conscience que la Chine pourrait déployer n’importe quelle tactique — à coût faible ou élevé — pour dépasser la suprématie américaine dans les technologies émergentes comme l’IA, principalement pour assurer sa sécurité économique.

Ces dernières années, des responsables américains ont averti que des hackers chinois cherchaient à prépositionner des logiciels malveillants dans des infrastructures critiques liées aux communications, à l’énergie et à l’eau. Le plan, selon eux, est de perturber une réponse américaine efficace en cas de crise.

L’attaque cybernétique iranienne qui a mis hors service une centrale électrique britannique pendant quatre jours illustre l’une de ces menaces.

Cette semaine, le président Donald Trump a signé un décret interdisant les composants fabriqués à l’étranger pour le réseau électrique américain, au vu de « la menace étrangère inhabituelle et extraordinaire » pesant sur la production d’énergie des États‑Unis.

Le communiqué de la Maison-Blanche ne nommait ni la Chine ni aucun autre adversaire, mais indiquait que l’IA figurait parmi les raisons de l’augmentation de la demande énergétique américaine.

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