Trump et les Malouines : Doctrine Monroe contre la relation spéciale États‑Unis–Royaume‑Uni

Les remarques de Donald Trump concernant les revendications britanniques et argentines sur les îles Falkland ont provoqué des frictions avec le Royaume-Uni et donné du vent dans les voiles de son allié Javier Milei — tout en laissant entrevoir les calculs du président quant aux intérêts régionaux et mondiaux des États-Unis.

Les Falkland Islands constituent un territoire britannique d’outre-mer auto-gouverné dans l’océan Atlantique sud-ouest, dont les habitants sont presque universellement perçus comme britanniques, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de leurs frontières.

À l’inverse, l’Argentine, qui les désigne sous le nom d’Islas Malvinas, revendique la souveraineté sur ces îles — un sujet de longue date de discorde diplomatique qui a éclaté en guerre en 1982. Après l’invasion argentine des îles, le conflit de 74 jours fit 255 soldats britanniques et 649 argentins ainsi que trois habitants insulaires morts.

Et dans ce territoire devenu toujours plus tendu, Trump est intervenu cette semaine lorsque un journaliste a interrogé le président sur la position des États-Unis envers les îles — officiellement neutres à ce stade — lors d’un événement à la Maison-Blanche.

« Je passe toujours en revue les positions », répondit le président. « Et celle-ci en fait partie. »

La Doctrine Donroe…

Trump a en outre poursuivi lundi ses remarques en laissant entendre, lors d’un entretien accordé à la chaîne britannique GB News, que les États-Unis n’apporteraient pas leur soutien au Royaume-Uni si l’Argentine tentaît de revendiquer de nouveau les îles par la force.

Après avoir répondu à une question sur l’éventualité d’apporter « l’aide au Royaume-Uni » en précisant que les îles se trouvaient « loin de la Grande‑Bretagne », Trump s’est tourné vers la guerre en Iran et a déclaré à l’intervieweur : « Votre pays n’était pas là pour m’aider. Nous n’avions pas besoin d’aide, mais j’ai demandé à l’OTAN, et j’ai demandé à votre ancien dirigeant : ‘pourquoi n’avez-vous pas envoyé quelques navires ?’ »

Les remarques ont été saisies par le président argentin — grand défenseur de la thèse de sa patrie sur les îles. Lors d’une allocution télévisée à la nation vendredi, traduite par Sky News, Milei a déclaré qu’il sanctionnerait les compagnies pétrolières opérant dans la région, que l’Argentine devrait « récupérer » les Falklands, et que la question était « au‑dessus de toute divergence politique » dans le pays.

Un jour après la diffusion de l’entretien accordé à GB News, Milei a dit à son pays que les « vents du changement » soufflaient en faveur de l’Argentine en matière des Malouines.

Et la décision apparente de Trump de prendre le parti d’un État régional allié plutôt que d’un fidèle allié historique semble s’aligner sur la vision géopolitique qui a fini par définir son second mandat présidentiel : la Doctrine Donroe. Un clin d’œil à la Doctrine Monroe du XIXe siècle, ce terme est désormais employé pour décrire l’approche plus affirmée des États‑Unis dans l’hémisphère occidental.

…Ou la Relation spéciale

Pourtant, ces propos et tout le soutien apporté à l’interprétation Donroe de la géopolitique trumpienne semblent aussi marquer une énième distanciation par rapport à la « relation spéciale » qui lie traditionnellement les États‑Unis et le Royaume‑Uni.

Outre l’intervention militaire au Venezuela et le renversement de son président — qui paraît désormais céder place à un plan global d’exploitation énergétique destiné à bénéficier largement au marché américain — les États‑Unis ont aussi fait du contrôle de l’influence russe et chinoise en Amérique du Nord et du Sud l’une de leurs priorités stratégiques les plus importantes.

Dans des déclarations accordées à la presse britannique après les remarques de Trump, un porte-parole du Premier ministre Andy Burnham a assuré que le soutien du Royaume‑Uni envers les îles était « inébranlable ».

« Les insulaires des Falkland sont britanniques, et ils ont le droit de déterminer leur avenir. » Le communiqué ajoutait : « Ils ont exprimé leur souhait de rester un territoire britannique d’outre-mer et notre engagement à leur égard est inébranlable. »

En 2013, les insulaires des Falkland avaient voté à une écrasante majorité pour rester un territoire britannique d’outre-mer.

Le secrétaire à la Défense Wes Streeting a lui aussi décrit l’engagement de son pays envers les îles comme « absolu et inébranlable », tandis que le secrétaire aux Affaires étrangères Ed Miliband a écrit sur X que le « droit des insulaires à l’autodétermination est primordial, fondé sur le droit international et nous le défendrons résolument ».

Mais malgré la position « inébranlable » et « sans faille » du pays, un sondage YouGov réalisé cette semaine auprès de 4 833 Britanniques montre que seulement 16 pour cent avaient « beaucoup » ou « une certaine » confiance que les États‑Unis « viendraient aider la Grande‑Bretagne si le Royaume‑Uni ou ses territoires dépendants étaient confrontés à une attaque militaire ».

Cela se compare à 33 pour cent et 37 pour cent, respectivement, qui n’avaient pas vraiment confiance, ou pas du tout.

Retour en haut

SecretNews est un média parodique collaboratif libre et indépendant réunissant plusieurs contributeurs. + d’infos
Nous suivre sur Facebook ou sur Twitter
Proposer un article dans le Groupe SecretNews

Partagez
Tweetez
Partagez
Épingle