Le « syndrome de l’herbe plus verte » peut s’appliquer à peu près à tout : au travail comme dans les relations, bien que je le ressente avec une acuité particulière lorsque je me trompe dans ma commande au restaurant, et que j’observe avec envie l’assiette de quelqu’un d’autre à l’autre bout de la table.
De nos jours, ce sentiment persistant qu’il existe quelqu’un, quelque chose ou un endroit meilleur pour soi se manifeste souvent en référence à des pays entiers. Il est courant d’entendre des libéraux et des progressistes dégoûtés parler d’abandonner l’Amérique de Trump. Bien que leurs options soient limitées, ils passent rarement à l’acte et ne vont pas jusqu’à mettre en œuvre ces menaces.
Il m’est venu à l’esprit, en lisant les commentaires sur la série d’articles examinant la décision de Meghan et Harry de quitter la Californie pour revenir au Royaume‑Uni, qu’il est incroyablement facile de se plaindre de l’endroit où l’on vit, mais que très peu d’entre nous « veulent vraiment » partir, et encore moins ont les moyens de le faire. Heureusement — en théorie — pour Harry et Meghan, se défaire de l’ poussière américaine à leurs pieds est une option envisageable. Ce n’est pas un luxe offert à la plupart des Américains confrontés au problème Trump.
C’est là que le syndrome de l’herbe plus verte s’impose vraiment. Selon le plus récent sondage de Gallup, un Américain adulte sur cinq (20 %) déclare qu’il aimerait quitter les États‑Unis s’il en avait l’occasion, chiffre qui a presque triplé au cours de la dernière décennie. Chez les femmes âgées de 15 à 44 ans, ce pourcentage grimpe à 40 %, contre seulement 10 % en 2014 — reflétant le virage nettement à gauche des femmes depuis le premier mandat de Trump.
Mais, surprise, le désir de partir est bien plus répandu que l’acte réel de partir. Les renonciations à la citoyenneté américaine se situent juste en dessous de 5 000 en 2024, une fraction minuscule des plus de cinq millions de citoyens américains vivant à l’étranger. Cela peut s’expliquer par le fait que la plupart des Américains n’ont pas les ressources d’Éva Longoria (au Mexique), d’Ellen DeGeneres (au Royaume‑Uni), de Rosie O’Donnell (en Irlande) et du duc et de la duchesse de Sussex. Cela peut aussi être dû au fait que, pour la plupart des gens, il s’agit simplement d’un acte de résistance anti‑Trump performatif. Peut-être que ces millions reviendront lorsque JD Vance ou Marco Rubio sera à la Maison‑Blanche. S’ils misent sur AOC, ils pourraient attendre longtemps.
Le même sondage a montré que le désir d’émigrer a reculé dans une grande partie de l’Amérique latine et en Afrique subsaharienne, tandis qu’il demeure proche de niveaux historiques élevés aux États‑Unis, au Canada et dans l’Union européenne. En somme, on pourrait soutenir que nous sommes tous des gamins gâtés qui ne réalisent pas à quel point nous avons de la chance. Ou bien que nous sommes conscients de notre chance, mais que nous avons été programmés pour proclamer le contraire.
Il est si typique de Harry et Meghan de tout remettre à l’envers. Ils quittent un pays qui leur est largement indifférent — comme le suggèrent nos commentateurs, beaucoup soutiendraient leur décision de partir sur le seul fond anti‑Trump — pour revenir dans un pays qui devient de plus en plus hostile envers eux deux. Après deux mois de sécheresse, l’herbe réelle en Grande‑Bretagne est tout simplement d’un jaune lumineux. L’herbe verte semble belong au passé.
À noter, Harry et Meghan.
