Un nombre croissant de dirigeants européens de droite et populistes, dont beaucoup s’étaient autrefois alignés étroitement sur le président Donald Trump, s’éloignent de plus en plus de la Maison-Blanche, révélant les fissures d’une alliance transatlantique naissante.
Des différends sur la guerre menée par les États‑Unis et Israël contre l’Iran, des menaces d’acquérir le Groenland et l’utilisation de tarifs contre des alliés européens ont creusé une fracture inhabituelle entre Washington, D.C., et certains de ses partenaires idéologiquement les plus proches à l’étranger. Les analystes estiment que ce tournant reflète à la fois des désaccords politiques concrets et un risque politique croissant pour les dirigeants européens perçus comme trop liés à Trump.
Jeudi, les tensions entre Trump et la première ministre italienne Giorgia Meloni se sont intensifiées lorsque Trump a affirmé qu’elle avait « supplié » pour une photo avec lui lors du sommet du G7, ce qu’elle a démenti, provoquant l’annulation d’une visite du ministre italien des Affaires étrangères aux États‑Unis.
« Elle a ensuite tenté naïvement de se racheter à Évian. C’était en effet une tentative assez désespérée, compte tenu de la nature de Trump et de son évidente dédain pour les Européens. À présent, la rupture est devenue bien plus difficile, [peut-être] impossible, à réparer. »
À savoir
- Les dirigeants nationalistes européens ont publiquement critiqué Trump sur l’Iran, le Groenland et la politique commerciale
- L’Italie a bloqué l’utilisation par les États-Unis d’une base aérienne clé pour des opérations au Moyen-Orient
- Des partis populistes français et allemands ont averti contre ce qu’ils qualifient de gestes « impérialistes » ou interventionnistes des États‑Unis
- Le chancelier allemand a directement affronté Trump, ce qui a suscité des menaces de retrait de troupes
La rupture de Meloni avec Washington
Meloni, autrefois vue comme le partenaire européen le plus fiable de Trump, est devenue un exemple marquant de ce déplacement.
La première ministre, qui avait assisté à l’investiture de Trump en 2025 et s’était initialement présentée comme un pont entre Washington et Bruxelles, s’est publiquement détachée de l’administration sur la guerre en Iran, affirmant « nous ne sommes pas d’accord » avec l’approche américaine.
Son gouvernement a également refusé l’autorisation à Washington d’utiliser la base aérienne de Sigonella, en Sicile, pour des opérations militaires liées au conflit, une mesure largement interprétée comme une manœuvre visant à éviter une implication plus profonde.
Cette décision souligne les pressions politiques auxquelles Meloni est confrontée chez elle, où la guerre est impopulaire et où les préoccupations liées aux prix de l’énergie se sont intensifiées.
« Ce n’est pas surprenant », a déclaré Tocci. « Les nationalistes d’extrême droite finissent tôt ou tard par s’opposer, par définition. Trump, nationaliste, a attaqué Meloni et elle a répliqué, piquée elle aussi en tant que nationaleiste d’extrême droite. »
« J’imagine que dorénavant, Meloni va rester discrète et évitera de s’humilier à nouveau. La relation institutionnelle, tout comme la relation économique, sociale, militaire, etc., entre l’Italie et les États-Unis, se poursuivra », a déclaré Tocci. « Mais il est désormais clair pour tous les dirigeants européens, et enfin pour Meloni aussi, que maintenir une bonne relation politique avec Trump est impossible. »
Le Rassemblement National montre son éloignement
En France, les dirigeants du Rassemblement National, qui s’étaient longtemps alignés idéologiquement sur le discours nationaliste de Trump, ont également intensifié leurs critiques.
Marine Le Pen a qualifié les objectifs de politique étrangère de Trump autour du conflit iranien de « erratiques », tandis que le président du parti, Jordan Bardella, a averti contre ce qu’il a appelé le retour à des « ambitions impérialistes », citant les actions américaines au Groenland et au Venezuela.
La volonté de Trump de prendre le contrôle du Groenland a en particulier suscité des réactions à travers l’Europe, y compris de la part de partis de droite qui avaient auparavant adhéré à certains aspects de son programme mais qui considèrent désormais que la pression territoriale sur les alliés est politiquement insoutenable.
En privé, des responsables du Rassemblement National ont aussi appelé à la prudence afin d’éviter de paraître trop proches de Trump, avertissant que l’association pourrait aliéner des électeurs avant les prochaines élections.
Allemagne : critique des deux côtés, à droite et au centre
En Allemagne, les critiques sont venues tant de la droite populiste que du centre-droit au pouvoir.
Les dirigeants de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), d’extrême droite, ont condamné les mouvements de politique étrangère de Trump et appelé au retrait des troupes américaines des bases allemandes, signe d’un malaise croissant même parmi les partis qui avaient accueilli le soutien de Trump.
Parallèlement, le chancelier Friedrich Merz s’est engagé dans une véritable guerre des mots avec la Maison-Blanche au sujet du conflit Iranien, qualifiant les États‑Unis d’« humiliés » dans leurs négociations avec Téhéran.
Trump a répliqué en critiquant publiquement Merz et en avertissant que Washington pourrait réduire sa présence militaire en Allemagne — une décision qui aurait de lourdes répercussions sur la posture stratégique de l’OTAN en Europe.
Une responsabilité politique plus vaste
Même certains des alliés idéologiques les plus proches de Trump ont exprimé des inquiétudes.
Au Royaume-Uni, Nigel Farage, qui a longtemps porté le soutien à la politique de Trump, a averti que les menaces américaines sur le Groenland constituaient un « acte très hostile », bien qu’il ne soit pas allé jusqu’à une rupture plus large avec le président.
Ces tensions reflètent une tendance plus générale : la marque Trump, autrefois un atout pour les mouvements nationalistes européens, est devenue politiquement toxique dans certains contextes.
Les politologues affirment que les partis d’extrême droite européens doivent adopter un équilibre délicat. Bien qu’ils partagent un chevauchement idéologique avec Trump sur l’immigration et le nationalisme, ils doivent aussi répondre à des électeurs nationaux qui se méfient des engagements étrangers, des perturbations économiques et des défis perçus à la souveraineté nationale.
Ce qui va se passer ensuite
Les fractures ne signalent pas une rupture totale entre les États‑Unis et les mouvements de droite européens, mais elles marquent toutefois un changement de ton significatif.
Trump a continué à cultiver des liens avec certaines figures nationalistes, et l’alignement idéologique sur des questions clés demeure. Cependant, les différends concernant l’Iran, le commerce et l’autorité territoriale ont exposé des limites claires à ce partenariat, notamment lorsque les actions américaines sont perçues comme entrant en conflit avec les réalités politiques européennes.
