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Le président russe Vladimir Poutine a été entouré d’amis cette semaine lors du sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) à Bishkek, au Kirghizistan. Des amis avec des avantages — et des coûts.

Poutine a passé des années à forger un bloc anti-occidental, pour finalement voir Xi Jinping devenir le chef de file de ce contrepoids à l’hégémonie américaine. Des analystes avaient même prédit avant le sommet que les dirigeants de l’OCS voudraient que Bishkek apparaisse comme une démonstration de force adressée à Washington.

Moscou a approfondi ses liens stratégiques avec la Chine et l’Iran à travers le commerce, la diplomatie, le militaire et bien d’autres domaines. Mais la Russie, sous la lourde pression de la guerre de Poutine en Ukraine et presque entièrement isolée par le monde occidental, devient de plus en plus dépendante de ce petit groupe de partenaires désormais indispensables.

Telle fut la réalité mardi, lorsque Poutine a rencontré le président iranien Masoud Pezeshkian lors de l’OCS et a assuré son homologue de Téhéran que Moscou était solidaire du peuple iranien dans la guerre menée par les États‑Unis et Israël. Poutine a déclaré que la Russie et l’Iran préserveraient leurs liens économiques et commerciaux malgré l’actuel « environnement militaire et politique ».

Les États‑Unis et l’Iran avaient échangé des tirs pour la première fois en un mois quelques heures plus tôt, et le président Donald Trump avait averti de nouvelles frappes.

Pezehskian, quant à lui, a utilisé le rendez-vous pour dire que l’Iran était prêt à revenir à un accord de cessez-le-feu de juin avec les États‑Unis si Washington remplissait également ses engagements, montrant comment même un partenaire proche de Moscou applique ses propres calculs diplomatiques.

La synchronisation a une signification particulière pour ces relations russes. La Russie est bloquée sur le terrain en Ukraine, consumant soldats et ressources sans fin apparente.

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Le Centre pour les études stratégiques et internationales (CSIS) estime que la Russie a subi environ 1,4 million de pertes sur le champ de bataille, dont jusqu’à 450 000 morts, entre février 2022 et juin 2026, et que les territoires contrôlés par la Russie ont reculé de près de 400 kilomètres carrés au cours d’avril et mai.

Les forces de Kiev frappent plus profondément dans l’économie russe, des entrepôts Wildberries à l’infrastructure pétrolière et gazière, provoquant des pénuries qui mettent à rude épreuve la patience des Russes ordinaires.

Le taux d’intérêt directeur clé de la Russie se situait à 14 % à la fin du mois d’août. Le budget fédéral enregistrait un déficit de 6,455 billions de roubles, soit 2,8 % du PIB jusqu’en juillet, les recettes pétrolières et gazières ayant chuté de 16,8 % sur un an.

Poutine comprend que la Russie souffre et lutte, c’est pourquoi il s’efforce d’escalader sa guerre en Ukraine et peut-être même sa guerre hybride contre les alliés de l’OTAN qui soutiennent Kyiv — parce que son autre option serait d’admettre une forme de défaite.

Mais Poutine pousse à l’escalade alors que la plupart de ses partenaires clés prônent une désescalade. Cela le place dans une position vulnérable. La Russie a plus que jamais besoin de ces amis. Mais la « taxe de l’amitié » va bientôt arriver à échéance pour Poutine.

La taille colossale de la Chine transforme le partenariat en levier

Xi a montré la durabilité de la diplomatie de Poutine après 2022, lui disant le 31 août que la coopération bilatérale avait « une dynamique robuste » et prédisant une base plus solide pour la relation.

Pourtant la relation économique est fortement asymétrique : Alexander Gabuev, directeur du Centre Russie-Eurasie de Carnegie, estimait l’an dernier que la Chine fournissait plus de 40 % des importations russes et représentait plus de 30 % des recettes d’exportation russes.

Cette concentration donne à Pékin une marge de manœuvre pour choisir où la coopération progresse et où elle s’arrête. C’est pourquoi tant de partenaires occidentaux de l’Ukraine font pression sur la Chine pour freiner l’effort de guerre russe.

Pour l’instant, la Chine accorde une grande valeur à la Russie. La visite de Poutine en mai en Chine a donné lieu à 42 documents signés et à beaucoup de démonstrations de leur partenariat stratégique en profondeur.

Mais les accords que Moscou avait cherchés concernant la construction du gazoduc Power of Siberia 2 et la vente de gaz par ce biais n’étaient pas au rendez-vous. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a déclaré que les deux parties n’avaient pas convenu d’un calendrier clair de mise en œuvre.

D’ici juillet, l’écart de prix entre les deux parties s’était considérablement creusé, au point que Pékin aurait demandé à Moscou d’arrêter d’évoquer le sujet.

La Chine peut donc approfondir ses liens stratégiques avec la Russie tout en conservant la capacité d’attendre sur les projets que Moscou cherche de façon plus urgente. Cela montre qui est le partenaire majeur dans cette relation. Moscou a besoin de Pékin plus que Pékin n’a besoin de Moscou.

Cette déséquilibre a toutefois un contrepoids : Gabuev attribue aussi les achats pétroliers indiens comme la seule chose qui empêche la Russie de devenir quasi totalement dépendante de la Chine.

L’Inde peut acheter du pétrole russe et être en désaccord avec Poutine

L’Inde impose une contrainte différente car sa valeur pour Moscou repose en partie sur la volonté de New Delhi de mener une politique étrangère indépendante malgré une forte pression américaine, y compris des sanctions secondaires.

Le brut russe a représenté un record de 50,83 % des importations pétrolières de l’Inde en juillet, soit 2,47 millions de barils par jour, selon des données commerciales citées par Reuters.

Quelques semaines plus tard à Bishkek, le Premier ministre Narendra Modi a qualifié Poutine de « mon ami » et a salué l’expansion des liens économiques entre les deux pays. Mais il a ensuite dit au dirigeant russe, sous le regard sombre de ce dernier, que la guerre en Ukraine devait prendre fin pour l’humanité et que l’Inde continuerait à soutenir les efforts de paix.

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Les ogives nucléaires tactiques de Poutine: bluff radioactif

La réponse de Poutine était notablement vague : il s’est contenté de dire merci et de promettre que la Russie « avançait sur cette voie ».

La combinaison illustre le problème client de Moscou. La Russie bénéficie d’une demande indienne à une échelle qui laisse New Delhi peu de raison de convertir le commerce en obéissance politique.

L’Inde peut rester un acheteur important tout en adoptant publiquement une position sur l’Ukraine que Moscou ne partage pas. Cela expose aussi Moscou à une décision indienne consistant à rediriger ses achats, soit volontairement, soit sous la pression économique renouvelée des États‑Unis.

L’Iran apporte une imbrication sans défense automatique

L’Iran a apporté une autre valeur à Moscou.

CSIS déclarait en juillet que la technologie des drones Shahed iraniens faisait partie des formes d’aide dont la Russie avait pu bénéficier relativement facilement, et elle a été utilisée avec une efficacité meurtrière contre l’Ukraine.

Carnegie, autre institut de réflexion, a documenté un échange plus large d’armes et d’équipements militaires entre Moscou et Téhéran depuis 2022.

La relation présente toutefois une limite claire. Le partenariat global et stratégique prévoit une coopération de sécurité et de défense plus approfondie. Mais l’Article 3 indique que si l’une des parties est agressée, l’autre doit s’abstenir d’aider l’agresseur et chercher une résolution selon le droit international; il n’y a pas d’obligation automatique d’intervention militaire russe au nom de l’Iran.

Le traité entre Moscou et Pyongyang, en revanche, engage chaque partie à une assistance militaire « par tous les moyens à sa disposition » dès que l’autre est attaqué.

Ainsi, le langage de solidarité de Poutine à Bishkek se situe à côté d’un engagement juridique délibérément borné.

Moscou bénéficie de la coopération avec Téhéran tout en devant gérer les implications stratégiques d’un gouvernement iranien soumis à des pressions militaires et économiques directes.

Quand la solidarité se limite à des mots, à des drones, et peut-être à un partage de renseignements lorsque les Américains ne regardent pas, cela ressemble à un partenariat plutôt vide de substance.

De plus, sa dépendance vis‑à‑vis de la technologie des drones iraniens en Ukraine est mise à l’épreuve par la guerre américaine contre l’Iran. Les envois peuvent‑ils continuer pendant que le régime de Téhéran demeure sous pression pour conserver le contrôle du pays ?

La Corée du Nord rend la réciprocité concrète

La Corée du Nord, qui n’est pas membre de l’OCS et qui n’était pas présente à Bishkek, représente la dépendance militaire la plus tangible de la Russie.

Le Korea Chair du CSIS estime que Pyongyang a transféré plus de 15 millions de projectiles d’artillerie et a déployé environ 14 000 à 15 000 soldats pour soutenir la Russie, assistance qu’il attribue à la demande russe de munitions et à la demande nord-coréenne de nourriture, d’énergie et de technologie militaire.

La Russie a officiellement reconnu les déploiements de troupes nord-coréennes en avril 2025, et les deux pays ont publiquement souligné la coopération croissante entre eux.

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Le triangle amoureux maladroit de Donald Trump avec la Corée

La même relation peut aussi renforcer Pyongyang. Le CSIS estime que la technologie militaire russe pourrait accélérer les programmes nord-coréens dans les domaines des satellites, des sous-marins et des missiles balistiques intercontinentaux, tandis que leur partenariat stratégique signé en 2024 a formalisé leur coopération sécuritaire.

Plus les munitions et le personnel nord-coréens s’avéreront utiles à l’effort de guerre russe, plus l’importance de ce que Moscou est prêt à offrir en retour sera grande.

Moscou devra continuer à fournir à la Corée du Nord ce qu’elle veut et ce dont elle a besoin pour maintenir un flux de troupes et de munitions dans la guerre en Ukraine. Plus Moscou dépend de la Corée du Nord, plus Pyongyang peut imposer son prix.

La Turquie de l’OTAN bénéficie des options plus restreintes de la Russie

La Turquie illustre comment le levier peut croître dans une relation où les deux parties restent dépendantes l’une de l’autre.

Le président turc, Recep Tayyip Erdoğan, dont le pays demeure un allié de l’OTAN, a assisté au rassemblement de l’OCS à Bishkek et a déclaré que la Turquie chercherait à développer la coopération avec l’organisation.

Il a auparavant évoqué l’idée d’une adhésion complète à l’OCS, ce qui ferait de la Turquie le premier membre de l’OTAN à rejoindre le bloc.

La Carnegie a constaté qu’Ankara entretenait des liens à la fois avec Moscou et Kiev après l’invasion russe de 2022, rejeté les sanctions occidentales contre la Russie et est devenu une porte commerciale importante pour Moscou. Son évaluation de 2024 indiquait que la guerre avait déplacé l’équilibre bilatéral en faveur d’Ankara, les alternatives de Moscou se réduisant, tandis que les routes énergétiques turques donnaient à Ankara un levier supplémentaire sur l’accès russe au marché européen du gaz.

La Turquie dépend toujours fortement des liens économiques et énergétiques avec la Russie, rendant la relation interdépendante.

En revanche, les alternatives réduites de Moscou renforcent la valeur de la coopération d’Erdoğan. Cela complique Poutine et profite à l’OTAN, même si Erdoğan souhaite accroître l’influence turque au sein de l’alliance pour obtenir son aide afin de mettre fin à la guerre de Russie.

Les partenariats de Poutine fonctionnent — pour l’instant

Malgré les vulnérabilités qu’ils créent pour Poutine, ces relations portent aussi leurs fruits.

Le CSIS a conclu en juillet que le soutien chinois, iranien et nord‑coréen avait été « essentiel à la machine de guerre russe », tout en estimant que les institutions russes rencontrent souvent des difficultés à exploiter pleinement certaines formes d’aide étrangère.

L’Inde a continué d’acheter du brut russe en volumes importants, la Chine demeure la principale bouée économique de la Russie, et la Turquie a conservé des canaux que bien des pays occidentaux avaient coupés.

Ainsi, Moscou a réussi à bâtir des canaux alternatifs pour le commerce, l’approvisionnement militaire et la diplomatie et à préserver suffisamment de liberté stratégique pour continuer à poursuivre ses propres politiques. La description de Xi, lors de sa rencontre avec Poutine, d’une relation dotée d’une « dynamique robuste », reflète ce point de vue venant du partenaire le plus important de Moscou.

Mais la question analytique demeure : dans quelle mesure ces canaux peuvent-ils être remplacés ?

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Don’t Fall for the Trump Approval Trap

Peut‑on à présent que la Russie développera des marchés et des fournisseurs substituts crédibles, sécurisera des projets majeurs tels que le gazoduc Power of Siberia 2 à des conditions acceptables et réduira l’importance militaire des apports iraniens et nord‑coréens ?

Ou bien la guerre continuera-t-elle à absorber des ressources alors que les alternatives de Moscou restent limitées et que ses partenaires conservent la capacité de bloquer des accords, de fixer des termes commerciaux ou d’exiger plus de réciprocité ?

Un calendrier de construction signé et daté pour Power of Siberia 2 serait le signe le plus clair que Moscou est en train de gagner ce débat; le silence persistant sur le pipeline, couplé à des achats records chinois et indiens effectués selon leurs propres conditions, laisserait supposer que Poutine n’a pas gagné.

Bishkek a démontré que Poutine peut encore rassembler des partenaires puissants malgré des années de pression occidentale.

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