Le premier ministre canadien Mark Carney a plaisanté mardi en affirmant que le président Donald Trump lui avait un jour offert une boîte contenant des clés dorées de la Maison-Blanche, accompagnée d’un avertissement pour le moins étrange qui reflétait l’état actuel des relations entre les deux pays voisins.
Lors du Sommet sur l’investissement canadien à Toronto, Carney a raconté avoir reçu une clé cérémonielle de sa ville natale, Fort Smith, dans les Territoires du Nord-Ouest, puis l’a comparée au cadeau qu’il a reçu plus tard de Trump. Selon Carney, Trump lui aurait offert une boîte de clés en or menant à la Maison-Blanche et aurait ajouté que s’il en apportait une, « ils le laisseront entrer ».
Carney a ensuite ajouté que Trump a suivi avec une pointe plus sombre : « Peut-être qu’ils vont te tirer dessus. »
« Et cela résume en quelque sorte la relation », a déclaré Carney à l’auditoire. « Au Canada, on reçoit la clé. Aux États‑Unis, ils pourraient te tirer dessus. »
Carney a expliqué que Trump lui avait remis la clé lors d’une rencontre tendue à la Maison‑Blanche le 6 mai 2025, centrée sur les tarifs, les différends commerciaux et l’avenir des relations entre les États‑Unis et le Canada.
Comment des publications sociales fabriquées en Chine ont déclenché des manifestations anti‑États‑Unis en Amérique
La remarque a suscité l’attention, alors que Carney livrait un discours plus large sur l’avenir économique du Canada dans un contexte de longue dispute commerciale avec les États‑Unis.
Tout en affirmant que le Canada et les États‑Unis « seront toujours voisins », Carney a laissé entendre qu’Ottawa était prêt à adopter une approche à long terme des négociations avec Washington plutôt que de se précipiter vers un nouvel accord commercial. Il a dit que le Canada compte sortir du conflit commercial plus fort et plus indépendant.
« Et à nos amis américains, permettez-moi de dire ceci : nous serons toujours des voisins. » a déclaré mardi Carney. « Lorsque ces opportunités reviendront, le Canada sera un partenaire encore meilleur — plus fort, plus résilient, plus indépendant. »
Sans mentionner nommément Trump, Carney a aussi semblé critiquer l’approche du président américain en matière de commerce international, affirmant que les relations sont de plus en plus remplacées par une logique transactionnelle et à somme nulle.
« Notre réputation — celle d’un partenaire fiable et prévisible — n’a rarement été aussi précieuse dans un monde où les transactions remplacent les relations, et où la somme nulle est privilégiée au détriment du laissez‑passer gagnant‑gagnant », a‑t‑il déclaré.
Les commentaires s’inscrivent dans le cadre de tensions croissantes entre Ottawa et Washington. Les négociations commerciales entre les deux pays ont échoué le mois dernier avant que les États‑Unis n’imposent des droits de 50 % sur environ 20 milliards de dollars de biens canadiens, provoquant des mesures de rétorsion du Canada. Washington a ensuite annoncé d’autres restrictions touchant des produits canadiens.
Trump a répétitivement utilisé les tarifs comme levier contre les partenaires commerciaux et a exhorté les fabricants à déplacer leurs investissements et leur production vers les États‑Unis. Il a aussi réactivé sa proposition selon laquelle le Canada pourrait devenir le « 51e État », proposition que les dirigeants canadiens ont rejetée.
Malgré les tensions, Carney a noté qu’environ 80 pour cent du commerce entre les deux pays reste sans droits de douane et a indiqué qu’un accord mutuellement bénéfique demeure possible. « Lorsqu’il sera temps de conclure cet accord, nous serons prêts à le faire », a‑t‑il dit.
Le premier ministre s’est rendu en Europe après le sommet de Toronto, où il doit s’adresser au Parlement européen dans le cadre des efforts du Canada pour approfondir ses liens économiques au‑delà de son plus grand partenaire commercial.
Trump et Carney échangent des piques alors que les tarifs s’aggravent
Ce qui a commencé par les tarifs de Trump et les propos répétés sur la possibilité que le Canada devienne le 51e État s’est transformé en une confrontation économique plus large, Washington et Ottawa échangeant désormais tarifs, restrictions et rhétorique de plus en plus pointue.
Le différend a réellement émergé en mars 2025, lorsque l’administration Trump a imposé des tarifs de 25 % sur les biens canadiens, accompagnés d’un tarif de 10 % sur l’énergie et la potasse canadiennes. Washington a ensuite imposé des droits distincts sur l’acier, l’aluminium et les automobiles canadiens, poussant Ottawa à répliquer par ses propres mesures.
Les politiques commerciales de Trump ont été accompagnées de suggestions répétées selon lesquelles le Canada pourrait devenir le 51e État, proposition que les dirigeants canadiens ont rejetée. Trump et Carney se sont rencontrés à la Maison‑Blanche en mai 2025, où les droits de douane, le commerce et l’avenir de la relation bilatérale étaient au cœur des discussions.
Après des périodes de négociation et de désescalade partielle, le différend s’est intensifié de nouveau cet été après l’échec des discussions commerciales.
Les États‑Unis ont imposé un tarif de 50 % sur 27,6 milliards de dollars de biens canadiens à compter du 22 août, le Canada annonçant des tarifs de rétorsion sur les produits américains affectés à compter du 8 septembre. Les mesures canadiennes couvrent environ 20 milliards de dollars d’importations américaines et incluent l’acier, les produits laitiers, les appareils électroménagers, le matériel agricole, la pâte et le papier et les produits électroniques.
La dernière escalade a dépassé les tarifs douaniers. Le 7 septembre, Trump a déclaré que le constructeur aéronautique Bombardier ne devrait plus être autorisé à vendre ses avions aux États‑Unis s’il ne commence pas à les fabriquer dans le pays.
« NO MORE SELLING BOMBARDIER IN THE UNITED STATES ! » a écrit Trump sur Truth Social, ajoutant que si l’entreprise veut accéder au marché américain, « ils doivent fabriquer ici ».
Le lendemain, Washington a annoncé d’autres restrictions visant certains produits canadiens, notamment dans les produits laitiers, les motos et la plupart des boissons alcoolisées, après l’entrée en vigueur des tarifs de rétorsion du Canada.
Trump a également demandé à l’Administration des services généraux de commencer à retirer des calendriers d’achats fédéraux certains produits d’origine canadienne, ajoutant une autre ligne de front au différend.
Bessent met Carney en cause alors que le différend s’aggrave
La relation commerciale de plus en plus conflictuelle a également produit des échanges rhétoriques plus virulents de la part de responsables de haut niveau.
Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a critiqué la réponse du Canada face aux mesures de l’administration Trump, la comparant à un « petit chien qui aboie » tout en évoquant les droits de rétorsion canadiens. Reuters a rapporté ce commentaire dans le cadre d’un différend plus vaste sur l’usage par le Canada de mesures commerciales ciblées.
Cet échange ajoute une couche supplémentaire à un différend qui s’est de plus en plus étendu, englobant non seulement les tarifs et l’accès au marché, mais aussi des arguments concurrents sur souveraineté, dépendance économique et la manière dont les deux pays devraient conduire leur relation.
Le Canada montre qu’il regarde au‑delà de Washington
Carney a présenté le conflit commercial comme une opportunité pour le Canada de réduire sa dépendance économique vis-à-vis des États‑Unis et d’attirer des investissements d’autres marchés.
S’exprimant mardi devant des investisseurs, il a dit que le Canada et les États‑Unis « seront toujours voisins », tout en affirmant que le Canada pourrait sortir du différend « plus fort, plus résilient, plus indépendant ».
Il a également critiqué une tendance mondiale vers des relations économiques transactionnelles et à somme nulle, affirmant que la réputation du Canada en tant que partenaire fiable et prévisible était devenue d’autant plus précieuse.
Malgré le différend, Carney a déclaré qu’environ 80 pour cent du commerce entre les deux pays restait sans tarifs et qu’un accord mutuellement bénéfique avec Washington restait possible. « Quand il sera temps de conclure cet accord, nous serons prêts à le faire », a‑t‑il ajouté.
Le premier ministre s’est rendu en Europe après le sommet de Toronto, où il cherche à approfondir ses liens économiques avec l’Union européenne alors que le Canada s’efforce de se diversifier au‑delà de son principal partenaire commercial.
La guerre commerciale met la pression sur une alliance de longue date
Pour environ 80 pour cent du commerce entre les États‑Unis et le Canada, les échanges restent hors tarifs, selon Carney, mais la part affectée par le différend s’est accrue à mesure que les deux pays ont imposé de nouvelles mesures.
Washington a imposé des droits de 50 % sur environ 20 milliards de dollars de biens canadiens après l’échec de la dernière ronde de négociations. Le Canada a répliqué par des mesures réciproques visant des produits américains. Les États‑Unis ont par la suite annoncé d’autres restrictions, élargissant le différend au‑delà de la simple bataille tarifaire.
Carney a soutenu que le Canada ne peut pas simplement attendre le retour de l’ancien cadre économique. « Nous savons que la nostalgie n’est pas une stratégie », a‑t‑il déclaré mardi.
Le gouvernement canadien cherche plutôt à établir des liens économiques plus profonds ailleurs. Carney s’est rendu en Europe après le sommet de Toronto et doit s’adresser au Parlement européen alors qu’Ottawa explore des liens plus étroits avec l’Union européenne dans des domaines tels que l’énergie, la défense, l’intelligence artificielle et les minéraux critiques. Malgré les échanges de plus en plus virulents, Carney a continué à entretenir la porte ouverte à un éventuel accord avec Washington.
On a demandé à Trump son avis sur cette idée mercredi soir en Caroline du Nord; il a répondu aux journalistes : « Je pense que c’est risible… Le Canada a été un partenaire commercial terrible… Si je pense que c’est du tout une action hostile, j’imposerai des tarifs très lourds ou mettrai fin au commerce avec l’Europe sur de nombreux éléments. »
Des clés en or aux clubs de golf, les dirigeants du monde ont longtemps offert des cadeaux aux présidents
Les clés en or que Trump affirme avoir offertes à Carney peuvent sembler inhabituelles, mais l’échange de cadeaux entre dirigeants du monde entier est une partie ancienne de la diplomatie présidentielle.
Les Archives nationales notent que chaque président américain depuis George Washington a reçu des cadeaux d’État, et que cette pratique est devenue un élément régulier des relations internationales modernes. De tels cadeaux peuvent être des gestes symboliques destinés à marquer une visite, à refléter la culture d’un pays ou simplement à reconnaître les intérêts personnels du destinataire.
Et les cadeaux peuvent être résolument non conventionnels.
Pendant la présidence de Barack Obama, des dirigeants étrangers lui ont offert à lui et à sa famille des cadeaux allant d’œuvres d’art et de bijoux à des objets plus inhabituels. Parmi les exemples documentés de son administration figuraient une sculpture de cheval et même une « assurance crocodile ». Les cadeaux offerts à la famille Obama par l’Arabie saoudite au cours d’une année incluaient une réplique plaquée or de la tour d’horloge de La Mecque et des bijoux évalués à des centaines de milliers de dollars.
Les registres des cadeaux présidentiels de Joe Biden se sont révélés tout aussi éclectiques. En 2024, le Premier ministre indien Narendra Modi a offert à Biden un train miniature en argent massif d’une valeur de 7 750 dollars, tandis que le président des Émirats arabes unis lui a offert un vélo de route et deux caisses de dattes. Le cadeau le plus précieux, enregistré cette année-là, était une peinture d’une valeur de 19 000 dollars offerte par le président de l’Angola.
Trump a reçu de nombreux cadeaux personnalisés de son côté. Pendant son deuxième mandat, des dirigeants étrangers lui ont fréquemment offert des présents liés au golf, notamment des clubs et des sacs, reflétant son intérêt bien connu pour ce sport. Le Premier ministre japonais a offert à Trump un putter autrefois utilisé par l’ancien Premier ministre Shinzo Abe, tandis que le président ukrainien Volodymyr Zelenskyy lui a offert un putter associé à un soldat ukrainien blessé.
D’autres cadeaux offerts à Trump sont allés des objets d’artisanat calligraphique et porcelaine élaborés de Chine à des objets plus inhabituels. En 2025, les reportages sur ses dons diplomatiques mentionnaient des éléments tels qu’un casque de samouraï, une couronne en or et un pagers doré, accompagnés de cadeaux diplomatiques bien plus conventionnels.
L’exemple le plus marquant de cette série de cadeaux récents n’était toutefois pas quelque chose qui pouvait facilement trouver place dans une vitrine de la Maison‑Blanche. Le Qatar avait offert aux États‑Unis un avion luxueux Boeing 747‑8, évalué à environ 400 millions de dollars, à être utilisé comme Air Force One. Cette offre a suscité un nouvel examen des règles régissant les cadeaux étrangers destinés aux responsables américains.
Les cadeaux étrangers offerts aux présidents américains sont soumis à des règles fédérales et à des exigences de divulgation. Les cadeaux de valeur sont généralement transférés aux Archives nationales ou à un autre dépositaire gouvernemental, sauf si le destinataire respecte les procédures applicables pour les conserver.
Dans ce cadre, le récit de Carney sur la réception d’une boîte de clés dorées de la Maison‑Blanche s’inscrit dans une tradition bien plus vieille encore de don diplomatique. Ce qui rend son cadeau inhabituel, ce n’est pas forcément la clé cérémonielle en tant que telle, mais l’avertissement qui l’accompagnait — « Peut-être qu’ils te tireront dessus. »
L’Associated Press a contribué à ce reportage.
