Dans l’un des quartiers tranquilles de Gaza, il y avait un enfant qui traversait les ruelles chaque matin, portant son petit sac d’école comme s’il contenait le monde tout entier. Son nom était Sami Bilal Abu Youssef, un garçon de huit ans, pur comme l’aube, qui aimait la vie autant qu’un oiseau aime ses ailes.
Sami en savait peu sur la guerre. Il ne connaissait que ses petits jouets, son cahier de dessin, l’assiette de haricots qui l’attendait après l’école et le sourire de sa mère.
Il se préocupait de choses que les adultes ne comprenaient pas très bien: comment faire voler plus haut son avion en papier, comment devenir un footballeur célèbre, et comment réunir ses amis pour résoudre leurs différends, c’est pourquoi tout le monde l’appelait « l’élu ».
À son école coranique malaisienne, il lisait tranquillement, trébuchant parfois, ce qui fit rire son professeur et lui demanda de recommencer, ce qu’il fit avec la confiance d’un enfant qui croit que l’avenir lui appartient.
Son professeur lui disait toujours: « Tu deviendras une grande personne, Sami », mais Sami n’a pas grandi. Israël ne lui a pas donné la chance de le faire. Israël l’a tué.
Le moment où l’enfance a pris fin
Par une froide soirée de janvier 2024, il n’y avait ni feux d’artifice à Gaza, ni célébrations, ni le vacarme des enfants qui jouent dans le quartier. Seul le bombardement parlait.
En quelques minutes, la maison de Sami ne fut plus qu’un tas de poussière. Sa chambre, ses vêtements, son petit ballon, et même le sourire qui précédait toujours ses pas disparurent. Sami fut martyrisé, avec son frère Mohammed et ses cousins Obida et Manna. Leurs âmes s’échappèrent aussitôt, comme si le ciel avait ouvert une porte à des rêves éphémères qui n’étaient pas destinés à être portés jusqu’au bout.
Dans le quartier, les enfants continuent de parler de lui.
Son ami, qui était assis à côté de lui à l’école, garde encore sa place vide en classe. Le professeur garde son petit carnet et ses mots hésitants alors qu’il mémorisait une nouvelle sourate. Et sa mère… elle tient ses vêtements dans ses mains la nuit et attend une voix qui ne reviendra jamais.
Sami n’était pas qu’un enfant martyr.
Il était une courte et douce histoire, une petite promesse de chanson, et la preuve que l’enfance à Gaza n’est pas donnée en entier — elle est arrachée avant d’être complétée.
À chaque fois que son histoire est racontée… Sami revient un peu.
Il existe des milliers d’enfants comme Sami, mais chacun porte un nom, un visage, un rire, un petit cahier de dessins et un rêve qui était en train de grandir.
Quand nous racontons son histoire aujourd’hui, nous lui rendons un peu de la vie que le temps ne lui a pas permis de vivre, et nous rappelons au monde que l’enfance a le droit de grandir, de rêver, et de ne pas être bombardée avant que ses ailes soient complètement formées.
Image mise en vedette via The Canary
