Sonia Sotomayor inflige un revers juridique à la requête palestinienne devant la Cour suprême

La juge Sonia Sotomayor de la Cour suprême des États-Unis a déclaré lundi qu’elle ne suspendrait pas l’exécution d’un jugement d’environ 655,5 millions de dollars contre l’Autorité palestinienne (AP) et l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) dans une procédure intentée au nom d’Américains tués ou blessés lors d’attentats terroristes à Jérusalem au début des années 2000.

L’affaire porte sur des attaques perpétrées par divers groupes et individus palestiniens entre 2002 et 2004 qui ont coûté la vie à plusieurs personnes et blessé des dizaines d’autres pendant la Seconde Intifada. Les plaignants ont poursuivi l’AP et l’OLP en vertu de la loi anti-terroriste, les accusant de responsabilité dans ces attaques.

Les avocats de l’AP et de l’OLP ont présenté fin juillet une demande de suspension du jugement devant la Cour suprême, avançant que le jugement était devenu une « nullité » et « absolument nul » après des procédures antérieures remontant à des années.

Sotomayor a refusé cette requête lundi sans renvoyer l’affaire à la cour au complet ni donner d’explication.

Cette défaite juridique survient alors que l’AP fait face à une pression financière croissante à la suite des retombées de l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023 sur Israël et de la guerre qui a suivi à Gaza. Des responsables palestiniens ont averti que la suspension des revenus tirés des impôts collectés par Israël pour le compte de l’autorité, conjuguée à des déficits budgétaires qui se creusent et à des perturbations économiques, a intensifié une crise financière qui entrave la capacité de l’AP à financer les services publics en Cisjordanie.

Ce qu’il faut savoir sur l’affaire

La bataille juridique remonte à plus d’une décennie et trouve ses origines dans une série de fusillades et d’attentats survenus à Jérusalem et dans les environs entre 2002 et 2004, pendant la Seconde Intifada. Des victimes américaines et les familles des personnes tuées ont poursuivi l’OLP et l’AP.

L’OLP a été fondée en 1964 avec le soutien de la Ligue arabe et est internationalement reconnue comme le représentant du peuple palestinien. Il s’agit d’un organisme-cadre regroupant plusieurs factions politiques palestiniennes et chargé de mener la diplomatie et de représenter les Palestiniens dans les affaires internationales. L’OLP a signé les Accords d’Oslo avec Israël en 1993.

L’Autorité palestinienne (AP) est un organisme dirigeant établi en 1994 dans le cadre des Accords d’Oslo pour administrer des parties de la Cisjordanie et de la bande de Gaza. Aujourd’hui, elle exerce une autonomie limitée dans certaines zones de la Cisjordanie et est responsable de fonctions telles que l’éducation, la santé, l’assainissement et l’administration civile, tout en coordonnant sur certaines questions de sécurité avec Israël.

Après un procès de sept semaines en 2015, un tribunal fédéral de New York a rendu un jugement d’environ 655,5 millions de dollars à l’encontre de l’AP et de l’OLP.

La 2e Cour d’appel du Circuit a rejeté le verdict en 2016, estimant que les tribunaux américains n’avaient pas compétence sur les entités palestiniennes. Deux ans plus tard, la Cour suprême a refusé d’entendre l’appel.

En 2019, le Congrès a adopté la Promoting Security and Justice for Victims of Terrorism Act (PSJVTA), une loi conçue pour faciliter les poursuites des victimes américaines du terrorisme contre l’AP et l’OLP devant les tribunaux américains.

Le paysage juridique a une nouvelle fois évolué en 2025 lorsque la Cour suprême a rendu à l’unanimité une décision favorable au PSJVTA dans une affaire distincte, Fuld v. Palestine Liberation Organization. À la suite de cette décision, la 2e Cir­cuits a rétabli le jugement initial de 655,5 millions de dollars en mars 2026, concluant que la nouvelle loi offrait une base de compétence valable et permettait de ranimer le jugement autrefois annulé.

Les avocats des plaignants ont alors déclaré que les familles accueillaient favorablement cette décision, affirmant qu’elle permettrait « que la justice soit faite », selon The Times of Israel.

Les entités palestiniennes soutiennent que le jugement n’aurait pas dû être réactivé des années après son annulation, tandis que les plaignants estiment obtenir enfin justice après des décennies de litige. Dans leur demande de suspension, les défendeurs affirment que « l’exécution immédiate d’un tel jugement lourd déstabiliserait les services gouvernementaux cruciaux que plaideurs fournissent en Cisjordanie, blesserait des citoyens innocents et mettrait en péril la sécurité régionale ».

Dans les documents judiciaires, les organisations palestiniennes indiquent : « les services de sécurité, d’assainissement et d’éducation fournis par les plaideurs en Cisjordanie pendent au bord du gouffre », et avertissent que l’application du jugement aggraverait ces services. Un rapport de la Banque mondiale décrit la PA comme étant en « crise budgétaire profonde » et précise qu’avant cette décision, « le déficit total (hors subventions) s’élevait à 605 millions de dollars américains au cours des neuf premiers mois de 2025 ».

La requête ajoutait : « les intimés prévoient d’appliquer le jugement sur les revenus de dégagement perçus par Israël, principale source de revenus de l’AP en vertu des Accords d’Oslo ». Les revenus de dégagement, les impôts et les droits de douane collectés par Israël pour le compte de l’AP constituent une source majeure de financement du gouvernement palestinien. La suspension de ces transferts depuis 2025 a aggravé la crise financière de l’AP.

Pour autant, Sotomayor a rappelé que « une décision de justice américaine peut être exécutée à l’étranger, y compris en Israël et y être appliquée ».

Qu’est-ce que la Seconde Intifada ?

La Seconde Intifada, ou l’Intifada d’Al‑Aqsa, fut une période de soulèvement palestinien et de violences israélo-palestiniennes intensifiées qui commença en septembre 2000 et dura pendant plusieurs années.

Le soulèvement survint après des années d’échecs des négociations de paix et une montée des tensions entre Israéliens et Palestiniens. Beaucoup considèrent qu’elle a été déclenchée par la visite, en septembre 2000, du chef de l’opposition israélienne, Ariel Sharon, accompagné de centaines d’officiers armés, au complexe abritant des sites sacrés islamiques et juifs. Cette visite fut perçue par de nombreux Palestiniens comme une provocation, tandis que Sharon et ses partisans affirmaient qu’elle confirmait le droit d’accès d’Israël au site.

La mosquée Al‑Aqsa et le Haram al‑Sharif qui l’entoure figurent parmi les lieux les plus sacrés de l’islam, tandis que les Juifs considèrent la même zone comme le Mont du Temple, le lieu des Premier et Deuxième Temples.

La période, au départ, comprenait des protestations, des heurts et des troubles civils, avant d’évoluer en conflit prolongé marqué par des violences fréquentes des deux côtés. Des civils israéliens furent ciblés par des attentats-suicides, des fusillades et d’autres attaques menées par des groupes militants palestiniens. Les forces militaires israéliennes ont lancé d’importantes opérations en Cisjordanie et à Gaza, qu’Israël dit viser à lutter contre le terrorisme et à rétablir la sécurité.

Plus de 1 000 Israéliens et 3 000 Palestiniens furent tués pendant la Seconde Intifada. Cette période eut des conséquences politiques et humanitaires durables dans toute la région. Le Sommet de Sharm el‑Cheikh de 2005 aboutit à un accord de cessez-le-feu largement considéré comme marquant la fin de la Seconde Intifada, bien que la violence ait continué par moments par la suite.

Cinq Américains furent tués dans l’attentat de l’Université hébraïque de Jérusalem en 2002 pendant la Seconde Intifada. D’autres attaques pendant le conflit, y compris des attentats-suicides et des fusillades, ont aussi coûté la vie à des Américains et blessé d’autres.

Processus de sursis devant la Cour suprême

Lorsque qu’une partie perd devant une cour d’appel fédérale mais souhaite empêcher l’entrée en vigueur immédiate de la décision, elle peut déposer une demande d’urgence sollicitant à la Cour suprême des États-Unis un sursis, ce qui gèle temporairement la décision pendant que d’autres voies d’appel se poursuivent.

De telles demandes sont initialement adressées au juge responsable de la cour d’appel fédérale qui a entendu l’affaire. Dans ce cas précis, comme l’affaire relevait du 2e Circuit, la requête a été confiée à Sotomayor, qui gère les affaires d’urgence en provenance de ce circuit.

L’ordonnance de Sotomayor ne traitait que la demande de bloquer temporairement l’exécution du jugement. Elle ne résolvait pas le litige juridique sous-jacent et n’indiquait pas comment la Cour suprême pourrait se prononcer si les juges acceptaient d’entendre l’affaire par la suite.

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