La médecin norvégienne Nil Ekiz, d’origine turque, a décrit les scènes auxquelles elle a été confrontée lors de son travail à Gaza comme « pire que des films d’horreur », soulignant que la tragédie humanitaire qui s’y déroule ne peut être exprimée par des mots et restera gravée dans sa mémoire pour le reste de sa vie.
Dans une interview accordée à Anadolu Agency, Ekiz a expliqué qu’elle avait travaillé à l’hôpital Nasser à Khan Younès en septembre dernier dans le cadre d’une mission médicale avec une organisation norvégienne. Elle est entré dans la bande de Gaza avec une équipe de quatre médecins après de longues et compliquées procédures de coordination.
Elle a déclaré :
Depuis le moment où nous avons pénétré dans Gaza, nous avons vu des maisons détruites, des voitures éventrées et des décombres partout. Des enfants se sont précipités vers notre véhicule, indiquant la bouche avec leurs mains car ils avaient très faim. Aucun bâtiment n’était intact; la destruction était totale.
Médecin norvégien : des patients au sol et une pénurie de médicaments
L’urgentiste norvégienne a souligné que l’hôpital Nasser, qui dispose normalement d’une capacité d’environ 340 lits, soignait plus de 800 patients à la fois.
Les gens dormaient par terre, dans les couloirs, devant les ascenseurs et même sur les escaliers. La plupart avaient été blessés par balles ou par des éclats, tandis que les patients atteints de maladies chroniques mouraient dans leurs tentes sans traitement.
Elle a décrit une grave pénurie de médicaments et de fournitures médicales, soulignant que
même les anesthésiques de base n’étaient pas disponibles, et des analgésiques simples comme le paracétamol manquaient cruellement. Les patients hurlaient de douleur après une opération.
Dans de nombreux cas, les médecins furent contraints de renvoyer chez eux des patients en dépit de leur besoin urgent de soins en raison de la surpopulation.
Un tiers des victimes étaient des enfants
Ekiz a déclaré avoir rencontré un médecin médico-légal à Gaza qui lui aurait dit que 30 % de ceux tués étaient des enfants.
La plus jeune enfant que j’ai vue avait six ans. Elle a été touchée au niveau de la poitrine et la balle a traversé son estomac. Malgré nos efforts pour la sauver, elle est décédée.
Elle a expliqué que la plupart des pertes humaines étaient des civils qui s’étaient rassemblés dans des points de distribution alimentaire, et des témoins ont confirmé que les forces israéliennes avaient délibérément ciblé ces zones.
Dans les unités de soins intensifs, j’ai vu des enfants âgés de trois, cinq et sept ans présentant des traumatismes crâniens, et de jeunes personnes avec des blessures graves qui ne guérissaient pas en raison de la malnutrition et de l’infection.
Le personnel médical s’injecte des solutions
La médecin a décrit les conditions déplorables auxquelles doivent faire face les travailleurs de la santé, indiquant que les médecins et les infirmières vivaient dans des tentes près des hôpitaux, la plupart ayant perdu entre 15 et 20 kilogrammes en raison de la faim et de l’épuisement.
Le personnel médical a été forcé de s’injecter des solutions pour continuer à travailler. Beaucoup d’entre eux ont perdu leur famille et leurs enfants, et pourtant ils poursuivent leur devoir humanitaire dans des conditions insupportables.
Elle a raconté une histoire particulièrement douloureuse :
Le père d’un enfant souffrant d’un traumatisme crânien est venu me supplier de l’emmener en Norvège pour le sauver, mais il est mort quelques jours plus tard. Cette impression d’impuissance face à la mort est indescriptible.
« Ce qui se passe à Gaza n’est pas une guerre »
Lorsqu’on lui a demandé si Israël ciblait délibérément les enfants, Ekiz a répondu :
Je ne l’ai pas vu de mes propres yeux, mais lorsque l’on voit qu’un tiers des victimes sont des enfants, on se rend compte que ce n’est pas une coïncidence. Cela ne se passe pas lors d’une guerre normale.
Elle a conclu :
Je retournerai à Gaza au début de l’année prochaine pour poursuivre mon travail humanitaire. C’est notre devoir de dire ce que nous avons vu afin que ce qui s’est passé ne soit pas oublié.
Deux ans d’extermination
Le 8 octobre 2023, Israël a lancé une campagne de génocide contre les habitants de la bande de Gaza, avec le soutien américain, qui a duré deux ans. Elle a inclus meurtres, famine, destruction et déplacement forcé, entraînant le martyr de 68 643 Palestiniens et les blessures de 170 655 autres, pour la plupart des enfants et des femmes.
Image en vedette via le Palestinian Information Center
